MÉTHODE
Le vertical 9:16 n'est pas un recadrage
Trois secondes pour accrocher, aucune montée en puissance possible. Ce que le format vertical impose dès l'écriture.

Un film vertical réussi n'est pas un film horizontal recadré : c'est un film écrit à l'envers. L'argument passe en premier, le contexte ensuite, la marque en dernier, l'exact inverse d'une publicité classique. Tant qu'on n'a pas accepté ça, on produit des formats verticaux qui ne fonctionnent pas, et on en conclut à tort que le format ne marche pas.
Pourquoi le recadrage échoue toujours
Un film horizontal est composé pour la largeur : deux personnages qui se font face, un décor qui situe, un mouvement latéral. Recadré en 9:16, il perd la moitié de son information et conserve son rythme d'origine, celui d'un spectateur assis qui a décidé de regarder.
Or personne ne décide de regarder une vidéo verticale. On tombe dessus. La différence n'est pas technique, elle est comportementale, et aucun recadrage ne la rattrape.
Les trois premières secondes
C'est la seule contrainte qui compte vraiment. L'accroche doit tenir avant que le pouce ne glisse, ce qui interdit trois choses qu'on met partout ailleurs : le générique, le plan d'ambiance, et la montée en puissance.
Sur le teaser du Cours Paul Clément, Studio Mood a construit le film autour des six comédiens plutôt qu'autour du texte de la pièce. Sur un réseau social, un visage retient là où un synopsis décroche. Le premier plan n'annonce pas l'argument : il est l'argument.
Ce qui change dans l'écriture
Quatre décisions se prennent avant le tournage, jamais au montage.
La composition : cadrer serré, un sujet à la fois. Le vertical ne tolère pas deux informations simultanées.
Le texte à l'image : la majorité des vidéos sont regardées sans son. Ce qui doit être compris doit être écrit, et écrit assez gros pour être lu sur un téléphone tenu à bout de bras.
La durée : trente secondes est une durée, pas une contrainte à contourner. Un film de trente secondes qui dure quarante-cinq secondes ne dure pas quarante-cinq secondes : il est arrêté à la douzième.
La fin : elle doit arriver avant qu'on l'attende. Un film vertical qui se termine proprement laisse le temps de partir ; un film qui se coupe net laisse la boucle se relancer.
Faut-il tourner deux fois ?
Rarement. Il est presque toujours plus économique de tourner une fois en pensant les deux cadres, en composant pour le vertical et en gardant de l'air sur les côtés pour l'horizontal, que de produire deux films séparés. C'est une décision de préproduction, prise en une demi-heure, qui économise une journée de tournage.
Ce qui ne se mutualise jamais, en revanche, c'est le montage. Chaque format est un montage à part entière. C'est le poste que les devis oublient, et celui qui explique la moitié des dépassements.